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La chapelle du Pinelier
Elle est fermée le plus souvent probablement par crainte du vandalisme. Mais elle est toujours présente au cœur du cimetière de Segré, témoignage d’une très longue histoire en trois chapitres et qui va de 1220 à nos jours.
Le seul but de cette notice est de rappeler aux anciens Segréens et de faire découvrir aux nouveaux le passé de ce lieu de prières.
Le cimetière du Pinelier
Quand a été créé le cimetière du Pinelier ? Aucun auteur ne se risque à donner une date précise. Le document autorisant la création d’une chapelle datée de 1220 attribue le cimetière à la paroisse Saint Magdeleine de Segré, mais le couvent de Nyoiseau semble y avoir des droits et lors des inondations, il y en avait déjà beaucoup, les morts de Saint Aubin du Pavoil étaient inhumés dans le cimetière de Segré. D’où vient le nom « Pinelier », qui s’écrivait autrefois Pynelier ? Probablement parce qu’il y avait des pins. Au siècle dernier, les enfants des campagnes désignant une pomme de pin disaient encore « une pine ».
Une première chapelle en 1220
Mais revenons au texte que l’on trouve dans le cartulaire de l’abbaye de Nyoiseau :
Fondation d’une chapelle dans le semetiere de l’église de Ste Marie Magdelaine de Segré sous le tiltre de St Michel en l’an 1220
« E Doyen d’Angers faisant les fonctions Episcopalles, à tous ceux présents et à venir qui, ces présentes lettres verront, salut en Notre Seigneur. Scachez que nous avons donné licence à Gautier Malo, chevalier, de bâstir une chappelle dans le cimetière de Segré avec une maison pour le Chappellain du consentement de l’Abbesse et couvent de Nioyseau aux quelles appartiennent le patronnage d’iceluy et du consentement de Michel curé pour lors de l’église de Ste Magdeleine de Segré en manière que le dit Gautier s’est obligé et tous ses biens d’assigner douze livres de rentes au Chappellain de la dite chappelle toujours payables sur les vignes, terres, prez et autres choses et le dit Chappellain sera obligé de prester serment de fidélité au curé de l’église de la Bienheureuse Marie-Magdeleine de Segré.
De plus le dite Chappellain ne célébrera point les dimanches ny aux festes annuelles et aux festes de la Bienheureuse Vierge iusqua tant que l’évangile de la Grand Messe de l’Eglise Majeûre soit lue et que les oblations et préceptes parochiaux ne soient faits et accomplis et la moitié des oblations qui seront offertes à l’autel de la ditte chappelle appartiendra au curé et l’autre moitié au dit chappellain.
De plus y celuy chappellain de la chappelle susdite sera tenu et obligé de payer à la d.Abbesse annuellement au jour et fète de St Michel pour la pitance des religieuses la somme de 20 S de rente perpétuelle en reconnaissance du patronage, comme aussy a été accordé que le susdit Gautier ou Michel son fils, pour la première et 2ème fois seulement donneront à qui bon leur semblera à une personne capable la susdite chappelle et qu’après la disposition d’icelle appartiendra à la dite Abbesse et couvent et jurera le dit chappellain fidélité à la dite Abbesse et Eglise du fit Nioyseau et qu’il paiera la ditte pension au terme préfix. et enfin que ces présentes soient fermes et perdurables à la demande de l’une et l’autre partie, ces présentes lettres testimoniales ont été munies des sceaux de la Cour d’Angers. Fait. Angers en présence du dit Gautier et de son fils, de Michel lors curé de Ste Marie-Magdeleine de Segré et de Julienne, pour lors abbesse de Nioyseau et B. Maistre des Escholles d’Angers, ME. Jean de Candé, ME. Pierre Hardouin et Vital et Regnault Prestes et plusieurs autres, l’an Mil Deux Cent Vint. »
1531 : une seconde chapelle dédiée à Notre Dame
En vérité, la chapelle vit sa construction débuter en 1531 mais ne fut achevée que vingt deux ans plus tard, comme le raconte dans une brochure manuscrite récemment publiée par les Archives Diocésaines un abbé J.O. Nau, deuxième vicaire de la Madeleine de Segré de 1849 à 1875. IL écrivit la brochure pour l’inauguration de la troisième chapelle en 1875. Après une préambule sur les faits historiques qui ont précédé la construction de la chapelle, l’abbé Nau en vient au fait principal.
« En l’année 1531, Mgr Claude de Rueil, étant évêque d’Angers, Messire Jean Chardon, prêtre vivant, curé de Chazé-sur-Argos, fit bâtir et suivant la lettre de manuscrit que nous avons sous les yeux, fonder, dans le cimetière du Pinelier, une chapelle en l’honneur de Nostre-Dame. Suivant l’historien de Notre-Dame Angevine, Grandet, il dota la dite chapelle d’un revenu suffisant pour y faire célébrer deux messes par semaine. Mr Chardon était né à Segré d’une famille honorable et nombreuse en cette ville. [ …] Les fidèles des deux paroisses de Segré (La Madelaine et Saint Sauveur) unis à ceux de St Aubin du Pavoil avaient activement contribué à la construction de la chapelle du Pinelier ; chacun y avait apporté sa pierre ; il ne manquait plus que les décors à l’intérieur ; dans quelques semaines elle serait bénite, et nos pieux paroissiens y viendraient en foule implorer la protection de Notre-Dame. »
Mais l’abbé Chardon mourut à Angers, son testament fut contesté par la famille, le don fut révoqué et la chapelle devait rester vingt deux ans inachevée et non bénie. Mais lors d’épidémies, la Maladrerie toute proche ne pouvant accueillir tous les malades, elle servit d’annexe ou plus exactement de mouroir, on y apportait les désespérer. Enfin vers 1650, on se remit à la tâche, la chapelle fut décorée, un autel construit. Et l’abbé Nau écrit : « La chapelle du Pynelier ainsi préparée, Mgr Henri Arnaud, qui avait succédé sur le siège d’Angers à Mgr Claude de Rueil, en fixa la bénédiction au joue de « L’Angevine » (8 10bre 1653) mais, n’y pouvant « aller en personne, il commit Messire Guillaume Houssin, curé de la Madelaine de segré. » pour y accomplir à sa place les cérémonies prescrites par le pontifical. […] »
La statue de Notre Dame
En même temps que la chapelle, on bénit la statue qui est toujours présente. Elle avait été commandé à un sculpteur lavallois Claude Bodard, qui appartenait à une famille de sculpteurs et peintres, leurs épouses brodant des vêtements religieux. Elles ont même travaillé pour l’église de Saint Aubin du Pavoil. La statue fut cachée par un jeune agriculteur durant la Révolution, il l’avait heureusement enlevée avant le pillage de l’église. Après la Révolution, elle fut ensuite prise en charge par une pieuse paroissienne, Melle Houdebine puis placée dans l’église Sainte Madeleine. Elle devait être ramenée le 6 novembre 1874 en la nouvelle chapelle du Pinelier. C’était le jour de l’Immaculée Conception. La statue fut portée de l’église à la chapelle par les ouvriers qui avaient travaillé à la construction de la chapelle sous la direction de M.Dusouchay architecte. Entre temps, la statue avait été repeinte par un artiste parisien Louis Platzer. Repeinte, car elle était peinte à l’origine comme en témoignent les contrats passés entre la famille Bodard et des paroisses de la Mayenne. A l’époque on peignait les statues de pierre ou de terre cuite.
L’artiste du XIXème a-t-il respecté les couleurs du sculpteur lavallois du XVIIème siècle . La statue est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté en date du 18 juillet 1979.
Pèlerinages et miracles
Mais revenons au XVI ème siècle, la chapelle a enfin la bénédiction nécessaire. Elle devient un lieu de pèlerinage, pour les paroissiens de Segré qui viennent en procession plusieurs fois par an, par ceux de Saint Aubin du Pavoil bien sûr mais aussi de Candé et après la rumeur de miracles, d’Angers, de Nantes et même de Paris. Si bien que Maistre Ayrault, lieutenant criminel au présidial d’Angers rédige une note pour signaler qu’il y a « proche de Segré, une chapelle ou il y a fort célèbre voyage » plus exactement des foules. Des miracles qui firent la renommée de la chapelle un seul a été retenu par les chroniqueurs dont Joseph Grandet, celui d’un jeune garçon de Chazé sur Argos, paralysé des bras et des jambes. Ses parents l’amenèrent en charrette et pendant neuf jours l’emmenèrent à la messe. Le neuvième jour, il se leva parfaitement guéri ont certifié en signant un procès verbal Antoine Chaignon, Marin Paulmier, Laurent Gilles, Jacques Dron. Le jeune garçon Pierre Robert apprit à lire et à écrire, devint le valet de chambre de M. du Bellay seigneur de Chazé et Raguin.
Vincent de Paul est-il venu à Segré ?
Vincent de Paul vint à Segré avec M.Ollier fondateur de la compagnie de Saint Sulpice. Ils descendirent au Château de la Loge, propriété alors de Mgr du Perrain, supérieur du grand séminaire d’Angers. Vincent de Paul célébra la messe plusieurs fois en la chapelle du Pinelier ou il passait de longues heures. Il se serait rendu aussi à l’abbaye de Nyoiseau, gouvernée alors par Françoise Roy. L’abbé Nau dit tenir ce récit et toutes les précisions de son curé, l’abbé Nicolas. D’autre part, l’auteur de cette humble notice se souvient qu’en 2003, un soir d’hiver, il eut l’étonnement d’être appelé au téléphone par un vénérable chanoine dont il ne comprit pas le nom tant sa voix était chevrotante. Il dit qu’il écrivait une vie de Saint Vincent de Paul et que dans les notes laissées par le grand saint celui-ci parlait de sa venue à Segré en 1649, ayant descendu chez un ami au château de la Loge, évoquant une messe célébrée en l’église du Pinelier devant 300 fidèles. Le vénérable chanoine me demandait de lui adresser une photo de l’église du Pinelier. Je lui dis qu’elle avait complètement disparue. Il m’exprima des regrets et raccrocha.
Le vœu du curé Nicolas
C’est à l’abbé Nicolas, curé de Segré de 1825 à 1871 que l’on doit la construction de l’actuelle chapelle du Pinelier. En 1870 déjà très malade, il émit le vœu que la chapelle du Pinelier soit reconstruite en demandant à la Vierge Mère que l’armée prussienne ne vint pas jusqu’à Segré où régnait une véritable terreur. On entendait le canon gronder jusqu’à Château-Gontier, les estes de l’armée de Charzy après la défaite, traversaient la ville et faisaient sauter les ponts. M. Nicolas curé de Segré pendant 46 ans, après avoir motivé sa paroisse, lancé une souscription, décéda en son presbytère le 2 septembre 1871 dans sa 80ème année. Il avait la satisfaction de savoir que le 1er juillet le conseil de fabrique avait décidé de réaliser son vœu. L’évêque approuvait et le conseil municipal de Segré aussi avec une réserve : que la chapelle ne coûte rien à la commune. La première pierre de la chapelle fut posée le 10 septembre 1872, pour anniversaire de la mort de l’abbé Nicolas. La construction de la chapelle dura trois ans, mais les pèlerinages continuèrent pendant les travaux.
Le 6 novembre 1874, la statue retrouvait sa place. La bénédiction de la chapelle se déroula le 4 avril 1875, la cérémonie était présidée par l’abbé Claude, supérieur du Collège de Combrée. La statue de Notre Dame du Pinelier n’est revenue à l’église de la Madeleine que le 15 août 1885 sur l’initiative du Père Chevalier et pour deux jours seulement. Elle a ensuite retrouvé sa place.
Jean Leclerc
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